Les institutions financières belges progressent dans la lutte contre le blanchiment d’argent, mais leur niveau de préparation varie
Une étude de PwC montre que les organisations belges craignent de ne pas respecter les délais fixés par la réglementation européenne en matière de lutte contre le blanchiment d’argent

Bruxelles, le 19 mai 2026 – Une étude de PwC portant sur le niveau de préparation à la lutte contre le blanchiment d’argent auprès de plus de 500 organisations dans 40 pays, dont la Belgique, révèle un écart croissant en matière de conformité. Les nouvelles réglementations européennes – le « paquet législatif européen AML (anti-money laundering )» – qui entreront en vigueur en juillet 2027, représentent un nouveau défi pour les entreprises concernées, lesquelles anticipent une pression accrue en matière de conformité, une hausse des coûts et des goulets d’étranglement opérationnels. Seul un tiers des institutions financières européennes s’attend à être prêt à temps, et près de la moitié des répondants belges craignent de manquer l’échéance. « Le paysage AML au sein de l’UE entre dans une nouvelle phase, avec une ambition réglementaire qui s’accélère alors que les organisations continuent de faire face à des défis opérationnels et liés aux données. Nos résultats montrent que de nombreuses institutions n’en sont encore qu’aux premières étapes de la préparation au nouveau paquet AML européen, avec des niveaux de préparation très variables selon les secteurs et les juridictions », déclare Géraldine D'Argembeau, Associée et Responsable Crime Financière chez PwC Belgique.
Les efforts de lutte contre le blanchiment d’argent (anti-money laundering, AML), tant en Belgique qu’au niveau européen, deviennent de plus en plus complexes, sous l’effet de l’évolution des risques de criminalité financière, de l’augmentation des exigences réglementaires et de la nécessité urgente de transformation numérique. Les institutions doivent composer avec des coûts de conformité en hausse, des goulets d’étranglement opérationnels dans des domaines clés tels que le customer due diligence (CDD, diligence raisonnable à la clientèle), ainsi qu’une pénurie persistante de talents – le tout dans un paysage réglementaire en pleine mutation. Au sein de l’UE, le nouveau paquet AML constitue la réforme la plus importante à ce jour, introduisant un corpus de règles unique, une autorité de supervision européenne et des exigences étendues. PwC a publié son EMEA AML Survey 2026, un rapport fondé sur les informations de plus de 500 institutions dans 40 pays de la région EMEA. Le rapport met en lumière un secteur sous pression croissante alors qu’il se prépare à la réforme la plus significative de la réglementation AML depuis plus de dix ans. Les réponses de 19 institutions financières belges ont été incluses et analysées, apportant des perspectives variées et intéressantes sur la manière dont les entreprises belges gèrent l’évolution du cadre AML.
L’échéance du paquet AML européen
Bien que l’introduction d’un corpus de règles unique et de la nouvelle Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA) marque une avancée majeure en matière d’ambition réglementaire, les progrès vers la conformité restent inégaux, suscitant des inquiétudes quant à la capacité des organisations à respecter les nouvelles exigences dans les délais. Seul un tiers des institutions financières européennes s’attend à être prêt pour juillet 2027. Les entreprises belges se montrent mieux préparées que leurs homologues de la région, avec moins d’entre elles anticipant un dépassement de l’échéance, mais elles font néanmoins face à des défis importants en matière de mise en œuvre.
Les défis opérationnels se manifestent déjà. Le customer due diligence (CDD) apparaît comme un point de pression majeur, les exigences croissantes en matière de données révélant des lacunes dans les systèmes et processus. Environ un tiers des institutions, qu’elles soient situées dans l’UE ou en dehors, s’attendent également à une augmentation des coûts de conformité de 10 à 30 %, ce qui accentue encore la pression sur les ressources. Les institutions financières belges signalent elles aussi une hausse des coûts AML : environ trois sur cinq prévoient une augmentation de 10 % ou plus. Seule une institution belge sur quatre a réalisé à la fois une analyse et une évaluation d’impact de la réglementation, malgré l’échéance de juillet 2027 qui approche.
Opportunités technologiques
La technologie est largement perçue comme un levier essentiel : 61 % des banques et 57 % des sociétés d’asset & wealth management (AWM, gestion d'actifs et de patrimoine) de la région EMEA prévoient d’introduire de nouvelles technologies dans la surveillance des transactions. Les institutions belges se tournent de plus en plus vers la technologie pour répondre aux attentes réglementaires. Plus des deux tiers prévoient d’investir au moins 3 % de leur budget AML dans des outils numériques au cours des deux prochaines années, et environ un tiers s’attend à investir plus de 5 %. Parallèlement, de nombreuses entreprises anticipent des changements significatifs dans leur infrastructure de données AML, ce qui reflète l’ampleur de la transformation nécessaire pour répondre aux nouvelles exigences de reporting et de surveillance. Bien que les investissements dans l’IA et l’analytique avancée s’accélèrent, l’adoption reste inégale, la qualité des données, la gouvernance et l’incertitude réglementaire demeurant des obstacles majeurs.
La qualité des données continue d’être considérée comme la principale barrière à l’adoption de technologies avancées et de l’IA, citée par 89 % des entreprises de paiements électroniques et virtuels, 64 % des banques et assureurs, et 52 % des sociétés AWM dans la région EMEA. En Belgique, près de 80 % des institutions priorisent les investissements technologiques dans le customer due diligence, en complément de la surveillance des transactions, du scoring des risques, du screening et de la remédiation. Cela reflète un effort global visant à moderniser les contrôles AML et à répondre aux exigences européennes en constante évolution.
Les institutions belges montrent un intérêt croissant pour les technologies d’IA, telles que le machine learning (apprentissage automatique) et l’agentic AI (l’IA agentique) dans les processus AML. Toutefois, le niveau de préparation à mettre en place la supervision humaine requise par le nouveau paquet AML européen varie fortement d’une entreprise à l’autre.
Plus d’un tiers des institutions anticipent une refonte majeure ou complète de leur infrastructure de données, indiquant une transition vers une transformation numérique à grande échelle plutôt que des ajustements progressifs.
Combler les écarts
Les premiers exercices de reporting menés par la nouvelle Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA) ont déjà mis en évidence d’importantes lacunes en matière de données et de processus au sein des institutions financières. En dehors de l’UE, la fragmentation réglementaire s’accentue, élargissant l’écart entre les régions et augmentant la complexité – un défi que les organisations belges doivent gérer avec prudence, puisqu’elles opèrent dans plusieurs juridictions.
Pour combler ces écarts, environ deux tiers des institutions belges prévoient d’augmenter leurs ressources internes, dont environ un tiers dans plusieurs fonctions. Cela intervient malgré une pénurie persistante de spécialistes AML et une rotation attendue du personnel vers la nouvelle autorité AML. La confiance dans la surveillance des transactions reste également limitée : seule une institution sur cinq se dit pleinement confiante que ses systèmes sont adaptés, tandis que la grande majorité estime que des ajustements sont nécessaires. Près de la moitié prévoit des revues de systèmes à court terme. À mesure que la pression sur les coûts et les capacités augmente, l’externalisation des revues KYC (know your customer, connaissance du client) et du screening des transactions progresse. Ces évolutions exigent une responsabilité accrue et des processus transparents afin de renforcer la confiance des clients comme des régulateurs.
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Tess Minnens